PRIMO – Nice

Retour photo du séminaire finale du projet PRIMO, sur la lutte contre le décrochage scolaire, qui a eu lieu à l’alliance Arena de Nice.

En tant qu’ex enseignant, ça a été une magnifique occasion pour plonger à nouveau dans des sujets de pédagogie. Pour la première fois en plus, j’ai pu faire de la facilitation graphique live sur une journée avec des intervenants multilangue (français et italien).

Grand merci à Christophe Messineo pour l’invitation et l’organisation.

Critique – Set de cartes Bikablo Icons

Si vous vous intéressez à la facilitation graphique, vous avez sûrement entendu parler de Bikablo.

Pour ceux qui ne la connaissent pas, Bikablo est une marque allemande spécialisée dans des produits pour la facilitation graphique, des marqueurs aux dictionnaires visuels en passant par des modèles de fresques. En ciblant un marché de niche, (et surtout en ayant une vision très novatrice) en quelques années, Bikablo est devenue LA référence dans ce secteur, au moins pour le marché Européen. Globalement, on voit que leurs produits sont conçus pour faire face aux besoins quotidiens d’un facilitateur graphique, et qu’ils connaissent bien notre profession.

Donc si vous êtes des scribes à la recherche d’inspiration ou d’amélioration, ça vaut vraiment le coup de faire un tour sur leurs site. D’ailleurs, j’en profite pour dire que je ne suis pas du tout sponsorisé par eux mais que j’écris simplement ce que je pense.

Parmi les nombreux produits de Bikablo, on retrouve le set de cartes “Bikablo Icons”, qui constitue une espèce de dictionnaire visuel sous forme de cartes carrées (9x9cm), et que je possède depuis plusieurs années maintenant.

La boîte inclut 240 cartes au total, divisées en 5 catégories différentes :

  • 120 cartes Pictogrammes
  • 30 cartes Action
  • 30 cartes Émotions positives
  • 30 cartes Émotions négatives
  • 30 cartes vides

Les cartes affichent sur le dos les mots-clés qu’elles représentent, et même si ces textes sont écrits qu’en allemand et anglais (comme d’ailleurs pour tous les produits Bikablo), cela ne joue pas du tout sur l’usage, car au final les pictogrammes sont très parlant, et on a rarement besoin de vérifier à quoi ça correspond.

D’un point de vue de la réalisation, Bikablo a fait quand même un effort. Les cartes Les cartes sont imprimées sur du bon papier, bien épais, elles sont colorées en fonction de leur catégorie pour qu’on puisse les reconnaître avec un coup d’œil et présentent un petit trou prévu pour les épingler.

En effet, ce set de cartes peut être utilisé de 2 façons. Sur la table, en les faisant circuler parmi les gens ou en créant des groupes/combinaisons, ou bien accrochées au mur, sous forme de “mosaïque” colorée.

Les Bikablo Icons épignlées au mur

Cependant, même si le rendu esthétique de cette dernière solution est très intéressant et que ça peut fonctionner comme source d’inspiration pour les participants à un atelier, les mettre en place demande beaucoup de temps en amont (et d’épingles), et j’ai constaté qu’après l’avoir fait 2 ou 3 fois, je m’en suis vite lassé. Actuellement, pour une vision d’ensemble, j’ai une photo numérique avec une sélection des cartes que j’affiche pendant mes séances de formation.

Les bikablo icons sont certes un outil assez intéressant, mais je ne recommanderai pas son achat à des débutants. Pour ce qui concerne la recherche constante de nouvelles idées de pictogrammes à inclure dans notre bibliothèque visuelle, je trouve que cela peut se faire de manière plus efficace sur internet, et qu’au final le fait de voir un nouveau picto à l’écran ou bien imprimé sur une carte ne va pas jouer sur notre façon de le dessiner la prochaine fois.

Par contre cette boîte se révèle vraiment très utile au moment d’animer des ateliers (surtout pour des débutants) ou des formations, car les participants peuvent manipuler les cartes, les utiliser comme référence, les prendre en photo etc. En particulier pour ceux qui s’intéressent à dessiner des bonhommes en action, c’est un vrai atout, et j’ai eu beaucoup de retours positifs

Pour conclure, les bikablo icons ne font pas nécessairement partie du kit de base du facilitateur graphique, mais elles peuvent constituer un excellent outil d’animation pour des formateurs en facilitation graphique ou même des facilitateurs (pas graphiques) qui ne possèdent pas de compétences en dessin et qui préfèrent afficher leurs idée en épinglant les cartes.

Et vous, avez-vous déjà utilisé les bikablo icons ? Comme d’habitude, n’hésitez pas à partager avec nous vos commentaires.

Critique – Graphic recording

La facilitation graphique est un domaine qui a connu un essor dans les dernières années, et son succès a déclenché une pléthore d’articles sur le net. Tout le monde en a plus ou moins entendu parler. Cependant la littérature spécialisée et qualitative autour de ce sujet est asses rare à trouver et parfois publiée par un confrère facilitateur graphique qui donne une vision incomplète ou partielle de la discipline.

Graphic recording (sous-titre “live illustration for Meetings, conferences and Workshops”) est une anthologie qui essaie de combler ce vide et il s’agit sans aucun doute l’ouvrage le plus complet qui a été publié jusqu’à présent sur le sujet de la facilitation graphique. Il date de 2016 et il a été publié par l’éditeur allemand Gestalten en anglais.

L’index du livre Graphic recording

Le livre est structuré de manière excellente et peut se diviser en 2 parties. Les 3 premiers chapitres donnent des informations exhaustives sur la discipline, et le chapitre 4 (qui compose en proportions les ¾ du livre), dédié à des exemples de fresques dans une multitude de styles différents.

– Le chapitre 1 est une introduction qui définit de manière précise la facilitation graphique, tout en expliquant le contexte historique originaire, pour ensuite passer sur les avantages réels de notre pratique (vision d’ensemble, mémorisation, intelligence collective),

– Le chapitre 2 est probablement le vrai noyau de ce livre, car il contient des informations qu’il est pratiquement impossible de trouver sur internet. Ces pages en fait s’adressent directement aux professionnels (experts ou apprentis) pour dispenser une série hyper riche de conseils sur la méthode, le matériel et ses spécificités, ou encore comment se préparer avant le jour J.

Il traite également certaines techniques avancées pour réussir sa mise en page, maîtriser la couleur et surtout la gérer les imprévus du live (gestion du temps et de l’espace blanc). Bref, tout ce que j’aurai aimé qu’on m’explique avant de commencer.

– Le chapitre 3 est un peu une annexe du 2 et se concentre sur comment concrètement devenir facilitateurs graphiques une fois qu’on maîtrise la technique, ou comment proposer la facilitation graphique dans son entreprise.

Le reste du livre (chapitre 4) contient des dizaines d’exemples de portfolios en double page, avec des explications détaillées sur la manière de travailler de chacun. Ce qui en ressort est une multitude de styles qui montrent comment il n’y a pas une meilleure manière que les autres de faire de la facilitation graphique, et qu’on peut arriver au même résultat en passant par des chemins (graphiques) très différents.

Pour conclure, Graphic recording est un ouvrage complet et riche en conseils pour s’améliorer dans la pratique de la facilitation graphique, et qui mérite sa place dans la bibliothèque de tout spécialiste du secteur. Je tiens à préciser que je ne suis pas sponsorisé par Gestalten, et que ma critique du livre se veut simplement au service de mes confrères ou bien d’étudiants dans notre discipline.

Et vous, quels sont les ouvrages qui vous ont influencé dans votre pratique ? N’hésitez pas à l’écrire dans les commentaires.

L’importance de la préparation

Une des questions qui m’est souvent posée concernant la facilitation graphique est la suivante : “Est-ce de l’improvisation ou tu sais à l’avance quoi dessiner le jour J?”

Les nouveaux clients posent cette question pour savoir s’ils doivent s’organiser afin de fournir le plus d’informations possibles au facilitateur graphique avant le jour du séminaire, alors que les spectateurs qui assistent au séminaire sont souvent curieux de savoir comment procède le facilitateur graphique pour ne pas trop stresser et rester à l’écoute de tout ce qui est dit.

La réponse à la question est que bien évidemment le scriber NE SAIT PAS à l’avance quoi dessiner. C’est le principe du live, et c’est ce qui fait de la facilitation graphique et de sa capacité de s’adapter en fonction du moment un outil de travail si puissant. On insiste toujours sur le fait que par rapport à une illustration (qui peut être faite en post-production sur la base d’un rendu écrit) la facilitation graphique en live alimente la discussion au sein du groupe de participants.

Cependant, il ne s’agit pas d’improvisation non plus. En fait, même si savoir résumer un concept en 2 traits de marqueur reste un atout pour tout facilitateur graphique, il existe des méthodes solides pour préparer le terrain afin de se sentir à l’aise lors d’un séminaire et éviter la peur de la feuille blanche.

Celle que moi j’utilise consiste à faire un brainstorming et créer un nuage de mots basé sur la thématique. Nous allons la voir ensemble par étapes.

Étape 1 – le nuage de mots

exemple de nuage de mots

Si la thématique de l’événement dans lequel nous allons intervenir est le développement durable, je vais écrire croissance, vert, plante, feuille, éolienne, soleil, développement, idée, etc…tout ce qui peut être en lien avec la thématique de départ ou un des mots clés déjà évoqués.

Étape 2 – la traduction en images

exemple de traduction en images

Je vais ensuite trouver une manière de résumer les mots clés les plus importants que je viens d’écrire avec des symboles ou des dessins

Étape 3 – la création de métaphores visuelles

exemple de métaphores visuelles

Je vais enfin essayer de combiner les différentes idées pour créer des nouvelles métaphores visuelles qui nous permettent de sortir des clichés ordinaires, tout en restant compréhensibles et sans trop s’éloigner du concept de base.

Cet exercice a l’avantage de pouvoir se mettre en place même avec peu d’informations sur la thématique de départ. Nous pouvons le faire juste en ayant le titre de la conférence ou un seul mot clé. D’autres mots clés vont se rajouter au fur et à mesure pendant le brainstorming, faisant grandir le nuage de manière naturelle. De cette façon, même si nous ne pouvons pas prévoir ce qu’il sera dit le jour J, nous allons au moins avoir une base dans laquelle pouvoir piocher si une idée évoquée se rapproche de quelque chose que nous avons dessiné lors de notre recherche.

Nous allons peut-être ne pas utiliser toutes les métaphores visuelles que nous avons créées, ou même aucune, mais il y aura sûrement des idées qui vont s’y rapprocher, et que nous pourrons adapter à la fresque avec peu d’effort.

Au-delà de son intérêt de préparation au jour J, faire cet exercice de manière constante permet petit à petit d’élargir notre bibliothèque visuelle, et avec le temps nous aurons un vrai vocabulaire visuel personnalisé.

Et vous, comment vous préparez-vous à vos journées de facilitation graphique ?  

Mon choix de matériel pour la facilitation graphique

Dans ma carrière de facilitateur graphique freelance, j’ai eu l’occasion de tester toute sorte de matériel de dessin.

Tout d’abord, je souhaiterais faire un premier constat : le matériel n’est pas le plus important. Même si nous sommes amenés à penser qu’il faut absolument telle marque ou tel modèle de marqueur pour bien travailler, ce qui fait la différence c’est surtout la capacité du facilitateur graphique de résumer une idée à travers une métaphore visuelle, et savoir la dessiner rapidement. En faites, il nous est tous arrivé de devoir travailler dans des conditions pas optimales (un marqueur qui meurt en live et dont nous n’avons pas de rechange, ou du papier que celui différent car nous ne pouvons pas accrocher le notre) sans que notre prestation en soit foncièrement affectée. Personnellement, je viens du monde de l’architecture et de l’illustration, qui demandent une recherche beaucoup plus précise en terme de matériel de dessin, et ayant enseigné pendant des nombreuses années le dessin dans des écoles d’art j’ai toujours répété à mes élevés que c’est la main (et le cerveau) qui font la différence, et non pas l’outil.

le matériel n’est pas le plus important

Ceci dit, il est vrai que le choix du matériel a sa raison d’être, et il est très important, avant de se lancer dans la facilitation graphique en live, de prendre le temps pour tester, expérimenter et rechercher quel outil est le plus adapté à notre style et notre manière de travailler.

Dans ce post, je passerai en revue mes choix par catégorie, en essayant d’argumenter mes critères de sélection. (Bien évidemment je ne suis sponsorisé par aucune marque et il s’agit de préférences strictement personnelles).

Les marqueurs

Après en avoir testé des dizaines, mon choix s’est rapidement calé sur les Aquabrush de la marque Lyra. La raison est très simple. Ces marqueurs possèdent une pointe souple qui permet le trait modulé. L’épaisseur et la flexibilité de la pointe en pinceau permettent un contour avec des grandes variations. C’est à la fois quelques choses de complexe à maîtriser, mais il donne également à mon avis tout son charme au dessin. Les marqueurs Lyra possèdent 2 pointes, dont une en pinceau et une très fine (dont je ne me sers jamais). Ils ont aussi 2 autres particularités qui les rendent parfaits pour moi. 1) Diamètre réduit. Étant donné la faible encombrement de ces marqueurs, ils est tout à fait possible d’avoir tous les couleurs à portée de main dans la poche ou bien dans la sacoche de ceinture (voir chapitre dédiée aux accessoire). 2) Longueur. Ces marqueurs sont beaucoup plus longs que les autres marques, et stockés à la verticale, la pointe dépasse toujours le bord de votre poche, ce qui permet de les saisir et déposer très rapidement sans devoir fouiller.

Si pour une raison de style vous n’avez pas besoin d’un contour variable, je recommande d’utiliser les marqueur Lumocolor de la marque Staedler, ou encore les Uni Prockey. Pour les éléments qui ne demandent pas un tracé complexe, comme les lettrages ou les encadrements, j’utilise moi-même ces marqueurs, qui ont une belle capacité de recouvrement.

Je sais que tout le monde dans le milieu de la facilitation graphique parle des marqueurs Neuland. Bien évidemment, il s’agit de produits excellents et j’ai ai utilisés plusieurs pendant un certain moment, mais je trouve la pointe très rigide, ils prennent beaucoup de place, et ils ne s’adaptent pas à mon style de dessin.

Dans tous les cas, quel qu’elle soit la marque, il y a un critère incontournable pour le choix. Il faut privilégier des marqueurs à l’eau et éviter à tout prix les marqueurs à l’alcool. Ces derniers en faites passent à travers le papier, surtout quand le grammage est fin et ils risquent de tâcher la surface derrière. En cas d’accrochage au mur, cela peut être source de problèmes sérieux. Vous allez vite vous rendre compte que les clients posent souvent la question des marqueurs et de leur propreté, surtout que les salles sont souvent louées.

Le papier

Les différents grammages de papier

Pour ce qui concerne le papier, tout dépend de l’usage. La facilitation graphique n’est pas une performance artistique mais plutôt un outil de travail et de réflexion. Le support n’est donc pas pensé à la base pour être beau et durable. Toutefois, étant donné que cela ne prends pas plus de temps d’exécuter un dessin sur du papier de qualité, autant réfléchir en à mont sur ce choix.

Je conseille donc toujours de discuter avec le client. Personnellement, j’offre toujours 2 options. Du papier fin (90g), quand le but n’est pas forcement de garder la fresque, et du papier multi technique plus épais (200g), si le client veut quelques choses de plus durable.

Pour les deux, j’utilise un rouleau 1mx10m de la marque Clairefontaine.

Un papier plus épais est globalement de meilleure qualité et il permet que la fresque ne s’abîme pas, une fois la presta terminée, si on l’enroule pour la transporter. Par contre il est bien évidemment plus coûteux (il faut compter à peu près 30€ pour les 10m) et un peu plus difficile à accrocher car il possède plus de résistance. Attention, qui dit épais dit plus de fibres de cellulose et ces dernières ont la tendance à absorber beaucoup plus de pigments. Cela veut dire que vos marqueurs vont durer moins longtemps.

Les accessoires

Les accessoires ne sont pas indispensable, mais constituent le petit plus qui permet de personnaliser sa manière de travailler. Pour ce qui concerne l’ergonomie pendant le dessin, j’ai toujours utilisé un étui vertical. J’en ai plusieurs qui ont tous la particularité de s’ouvrir en haut et pouvoir s’accrocher à ma ceinture.

Le plus pratique est un petit étui (à la base pensé pour s’accrocher à la selle d’un vélo) qui peut se scratcher. Sa taille est parfaite pour contenir tous mes marqueurs + un petit bloc notes (pour les annotations), et cela me permet d’avoir toujours tout sur moi.

Autre accessoire important est le chevalet télescopique, très utile dans les salles où pour une raison ou une autre il n’est pas possible d’accrocher le papier au mur. Personnellement j’en ai deux de la marque Dawler-Rowney, ultra-légers (à peine 900g) et compactes, qui me permettent de soutenir des supports rigides allant jusqu’à 2m50.

Dans ma petite boîte à outils, je garde également toujours du scotch type Tesa, du blanco et des papiers blancs adhésifs à découper (pour les corrections), des ciseaux/cutter, et des épingles.

Conclusion

  • En facilitation graphique, le matériel est moins important que la capacité du facilitateur graphique de résumer une idée,
  • Il n’y a pas d’outil parfait en soi, mais tout dépend de l’usage que nous allons en faire.
  • Étant donnée la diversité dans le style de chaqu’un et de ses critères, la seule méthode pour choisir son matériel est de tester et expérimenter soi-même,

J’espère que ce petit post puisse vous aider à vous orienter dans la recherche d’outils adaptés à la pratique de la facilitation graphique et le sketchnoting. N’hésitez pas à partager vos expérience dans les commentaires.

Quel lien entre l’architecture et la facilitation graphique ?

L’article suivant a été publié dans le numéro 167 de Plan Libre, le journal de ma Maison de l’Architecture de la région Occitanie, de mai 2019, avec le titre “La facilitation graphique comme architecture de l’information”. Merci à Guillaume Beinat pour la coordination. Photo © de Ivan Mathie.

La facilitation graphique comme architecture de l’information

Une image vaut plus que mille mots. Combien de fois avons-nous entendu cette phrase ? En tant qu’architecte, illustrateur et facilitateur graphique, je suis souvent confronté à la nécessité d’expliquer l’importance de la communication visuelle dans notre environnement. La facilitation graphique est une jeune discipline qui connaît un essor grâce à la « démocratisation » du dessin. Elle essaye de démontrer les avantages scientifiques que déclenche l’usage efficace d’images dans un contexte professionnel.

La facilitation graphique est une pratique artistique qui permet la restitution en temps réel d’un flux d’information ou d’un échange au sein d’un groupe. Si vous avez déjà assisté à des réunions, meetings, conférences, où une personne écoute discrètement les intervenants et traduit en images leurs discours, vous avez vu de la facilitation graphique en action. La technique principale utilisée par les facilitateurs graphiques est celle de la fresque. Une feuille de papier de plusieurs mètres de long synthétise et structure les informations afin de permettre une vision d’ensemble sur un sujet.

Photo © de Ivan Mathie.

Le lien qu’entretiennent l’architecture et la facilitation graphique est d’ordre historique. La facilitation graphique naît en 1972 à San Francisco à travers la rencontre du consultant David Sibbet, David Straus et Michael Doyle. Ces deux derniers sont architectes de formation et travaillent sur l’idée d’introduire une méthode pouvant être utilisés par les architectes, les designers et d’autres créatifs dans le « problem solving ». Celle-ci pourrait aider à développer une approche collaborative pour la prise de décisions. Ils sont fascinés par les brainstormings collectifs et organisent régulièrement des rencontres dans lesquelles ils encouragent des membres à enregistrer les concepts sur de grandes feuilles. Ces rencontrent attirent l’attention de plusieurs personnes qui gravitent autour de l’innovation. Entrepreneurs, créatifs, ou mêmes étudiants universitaires. Parmi eux, un autre architecte, Joe Brunon, intègre rapidement l’équipe pour y développer un style qu’il appellera ensuite le « graphisme génératif ». Sa technique consiste à dessiner des schémas complexes avec multiples branches, tout en gardant le coup de crayon et le sens de la composition d’un architecte. Dans ce contexte naît « Group Graphic », le premier cabinet de conseil qui propose des services de facilitation graphique. Au moment de ces évènements ni David Straus, ni Micheal Doyle, ni Joe Brunon ne travaillaient principalement comme architectes. Il est donc difficile de définir dans quelle mesure nous pouvons affirmer que ce sont des architectes qui ont inventé la facilitation graphique. Cependant il est certain que ce n’est pas un hasard si des tels profils ont joué un rôle central dans la création de cette discipline, puisqu’il s’agissait de personnes ayant l’habitude de travailler avec des visuels.


La facilitation graphique naît en 1972 à San Francisco à travers la rencontre du consultant David Sibbet, David Straus et Michael Doyle. Ces deux derniers sont architectes de formation et travaillent sur l’idée d’introduire une méthode pouvant être utilisés par les architectes, les designers et d’autres créatifs dans le « problem solving ».


La facilitation graphique est très liée aux sciences cognitives, aussi il est intéressant de parler de « pensée visuelle ». En effet, l’architecture et la facilitation graphique utilisent le dessin comme un outil de travail et non pas comme une finalité. Ce dessin, spontané, primordial, souvent au deuxième plan dans une réalité d’agence CAD (ou plutôt BIM maintenant), s’exprime dans les situations les moins attendues. Une esquisse rapide en réunion, devant un client, ou bien un détail de construction dessiné lors d’un chantier sur une plaque de BA13 pour clarifier un doute. Cet acte, est en quelques sorte un acte d’engagement, un pas ve­­rs l’autre, une tentative de communiquer autrement qu’à travers les mots. Il est curieux de constater à ce propos, que les études effectuées sur la vie du peintre Américain Bob Ross montrent comment notre système de vision est attiré naturellement par les dessins réalisés en temps réel. Le fait de voir un processus qui se déroule au fur et à mesure devant nos yeux, permet une meilleure compréhension du sujet car l’information est construite petit à petit. De surcroît, il existe de nombreuses preuves de l’efficacité de la communication visuelle, en terme de mémorisation ainsi que de compréhension. Par exemple, nos yeux contiennent 70% de la totalité de nos récepteurs sensoriel. Ils n’ont besoin que de 150 ms pour traiter un symbole et de 100 ms pour y associer une signification. Notre signalétique routière ne serait pas aussi efficace si l’on remplaçait les pictogrammes par des mots.

La facilitation graphique peut également être interprétée comme une « architecture de l’information ». En effet, elle recourt à la notion d’échelle. Elle permet de codifier sur un support en deux dimensions un volume plus grand. Elle permet surtout de comprendre le sujet d’une discussion, ses catégories principales, et sa sous-catégorie. Comme en architecture, il se lit la structure et le gabarit d’un bâtiment pour ensuite dé-codifier ses détails ornementaux. Chaque information nouvelle se rajoute à la précédente de manière organique selon un critère d’importance et non pas de temps. Pour ce faire, le facilitateur graphique instaure un cycle en trois étapes : Récolter – Trier – Montrer

Il est essentiel ici de rappeler qu’être architecte veut dire tout d’abord « penser visuellement ». Cette même pensée permet la visualisation du projet (jeter en avant selon l’étymologie) avant qu’il soit tracé. L’architecture a toujours été liée à d’autres disciplines graphiques et a tout intérêt à garder cet échange afin de pouvoir s’exprimer pleinement. La facilitation graphique est donc une forme supplémentaire de communication visuelle qui ne se fait pas au détriment de la communication verbale. Si pendant longtemps nous avons accepté la division des hémisphères cérébraux (avec les notions de cerveaux droit et gauche associés respectivement aux activités créatrices/visuelles et de calcul verbal analytique), nous savons aujourd’hui qu’il s’agit d’un mythe. La pensée visuelle et la pensée verbale ne sont pas antagonistes, elles sont complémentaires. C’est justement l’association de l’image et la parole qui permet la compréhension maximale d’un concept.

Livio Fania

Bibliographie essentielle :

  • SCHILLER, Anna Lena, Graphic Recording, Gestalten, 2017
  • ROAM, Dan, The back of the Napkin, Portfolio Hardcover, 2008
  • SIBBET, David, Visual Meetings, Wiley, 2010

GALERIE

Facilitation graphique à la tablette (distance ou présentiel)

Facilitation graphique en présentiel

En action

Photos TedXBordeaux by Ivan Mathie